L'Intrus

Le noir envahissait peu à peu la douceur qui régnait dans le salon. Les paupières du maître des lieux papillonnèrent paresseusement, avant de se fixer au point vacillant des phares de voitures, à l’extérieur.


La nuit étouffait déjà le crépuscule de ses lourds bras de velours.


L’hôte se dispensait de lumière et la pièce gagnait en intimité confortable. Un membre s’étira et se posa délicatement contre l’un des coussins du divan.


Un craquement ténu troubla ce tableau nonchalant et l’occupant déserta la somnolence de l’instant. Les oreilles aux aguets, il écoutait. Son souffle devenait inaudible et tout son corps se tendait dans l’attente.


Le bruit se répéta, plus fracassant.


L’inquiétante curiosité de  la silhouette allongée s’intensifia. Les yeux fébriles guettèrent l’invisible intrus. Chaque objet s’assombrissait et les meubles perdaient leur rassurante familiarité.


Un éclat dissipa brièvement l’ombre de la salle et cette subite étincelle galvanisa les sens de l’habitant. La lueur enfla, encore et encore. Toujours plus dantesque et frémissante que le moment précédent. Les moustaches se détournèrent et se faufilèrent de l’autre côté du fauteuil.


Une porte claqua et les pas de ce nouvel arrivant assourdirent les grésillements qui effrayaient tant la présence dissimulée. Un objet lourd s’affaissa lourdement dans le foyer et prit feu. Les flammes léchèrent son écorce, la noircissant, la craquelant.


- Ne reste pas là, commanda la personne qui alimentait l’âtre bruyant.


Le peureux se délogea de sa cachette et ses pattes félines amorcèrent un saut qui le propulsa sur le dossier de cuir. Un ronronnement sonore, soulagé, s’éleva.

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